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Un tourbillon partagé avec des millions d ́inconnus rivés derrière leur ordinateur sur des lieux de black-jack en ligne, et pourtant refusés au marché français. Mi-septembre, PartyGamming, une société basée à Gibraltar évaluée entre 6 et 8 milliards d ́euros, soit plus que British Airways, a fait son entrée parmi les 100 valeurs de référence du marché londonien. Et cela moins de trois mois après sa première cotation. Plus de 3 millions de joueurs dans le monde s ́adonnent aux joies des casinos en ligne. Eric Bouhanna, le fondateur d ́Adictel, une société de service d ́aide aux drogués du jeu, a testé les casinos virtuels. « J ́ai perdu en un quart d ́heure ce que j ́aurais dépensé en une soirée dans un casino terrestre. Sur internet, le temps n ́existe plus. Le programme fonctionne comme une machine à sous. » Le curriculum vitae des propriétaires de cette société mêle sexe, argent et technologie. Entrée comme consultante dans l ́entreprise de son père, un magnat de l ́industrie pornographique, Ruth Parasol a lancé sa propre affaire dans les années 1990. L ́Américaine devient alors une figure majeure de l ́industrie du sexe sur internet avant de décider de récupérer la mise pour se lancer dans les jeux en ligne. Elle crée PartyGaming en 1997. L ́année suivante, un de ses amis lui présente un jeune indien, Anurag Dikshit, véritable génie de l ́informatique qui a fait ses armes dans la téléphonie, chez AT&T et Lucent Technology. Lui sera chargé d ́élaborer les programmes des sites de Party Gaming, sur lesquels se pressent des dizaines de milliers de joueurs aux heures de pointe. Ces trois trentenaires se sont partagés l ́essentiel du pactole approchant le milliard et demi d ́euros après l ́entrée en Bourse de la société. Insupportable pour Patrick Partouche, le directeur général du groupe du même nom, privé de cette manne. « J ́attends l ́autorisation de l ́état depuis quatre ans, enrage-t-il, avant de menacer : Partouche va lancer une plate-forme mondiale. Quitte à avoir des problèmes. Il y va de l ́avenir de notre métier et de celui du groupe. » Cet avertissement, lancé sans précision de date, sera-t-il suivi d ́effet ? Conscient de l ́importance prise par les jeux en ligne, l ́Etat français a tout de même décidé en 2001 d ́ouvrir à la Française des Jeux la possibilité de s ́installer sur la toile. Mais pas question pour lui d ́apparaître comme un banal croupier. « Notre priorité numéro un reste le réseau classique », répète la Française des Jeux. Son site fdjeux.com affichait l ́an dernier quelque 30 millions d ́euros de chiffre d ́affaire. Bien peu comparé aux 8,5 milliards d ́euros engrangés par la Loterie nationale. En outre, le site ne fait pas de publicité, contrôle l ́âge de ses clients et limite les mises à 100 euros par carte bancaire et par semaine. Autant de garanties destinées à défendre ce service public du jeu et difficiles à accepter pour des casinos privés français même prêts à tout pour obtenir l ́accès à internet. En attendant, Party Gaming et ses concurrents profitent de l ́absence de frontières sur internet pour faire des affaires. Ses actionnaires parient d ́ailleurs sur l ́absence de régulation. Et, visiblement, ils ont été suivis par les investisseurs, en mémoire peut-être d ́un vieil adage romain : « Du pain et des jeux, voilà ce qu ́il faut au peuple. »
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