CYBER STORY
Le jackpot des cybercroupiers
SEXE, dollars et internet. L'histoire de Ruth Parasol est digne du film Casino de Martin Scorcese...

Le Journal du Dimanche | 25 Décembre 2005

Fille d´un magnat américain de l´industrie pornographique, cette avocate de 38 ans s´est fait un prénom en lançant une florissante société spécialisée dans le sexe en ligne. En 1997, elle mise sur le jeu et fonde Partygaming avec son mari et des ingénieurs indiens. Aujourd´hui, c´est le plus gros cybercasino du monde. Introduite en juin dernier à la bourse de Londres, la société vaut 8 milliards d´euros (près de deux fois plus qu´Air France !) et devrait engranger 800 millions de revenus cette année, soit davantage que les premiers casinotiers français, Partouche et Barrière.

L´Internet s´est donc imposé comme le nouvel eldorado du jeu. En 2005, les quelques 2.000 sites recensés dans le monde vont encaisser 12 milliards de dollars, 45 % de plus que l´an dernier. En toute illégalité, puisque cette activité est interdite dans la plupart des pays développés, dont la France. Mais les casinotiers du net n´en ont cure. Ils font tourner leurs roulettes virtuelles dans des paradis fiscaux comme Gibraltar (c´est là que Ruth Parasol a élu domicile), Malte où les Caraïbes.

Les internautes Français ne sont pas les derniers à braver la loi. Selon Médiamétrie/Netratings, les quatre principaux cybercasinos francophones ont attiré à eux seuls 2,2 millions de visiteurs en novembre, contre 2 millions pour le site de la Française des jeux. Ce succès ne surprend pas Eric Bouhanna, fondateur d´ADICTEL, une société qui vient en aide aux drogués du tapis vert et des bandits manchots. « Sur Internet, le jeu est ultrarapide, et très additicf. Vous pouvez perdre en un quart d´heure ce que vous auriez dépensé en une soirée dans un casino en dur. »

Miser en ligne peut toutefois rapporter gros. Comme ils ne paient pas pratiquement pas d´impôts, les sites redistribuent davantage d´argent aux joueurs (jusqu´à 99 %), tout en arborant de gigantesques profits à l´instar de Partygaming, qui affiche 58 % de marge nette. La Grande-Bretagne a donc décidé en avril dernier de légaliser ses usines à cash. Dès 2007, les groupes britanniques exilés à Gibraltar pourront rentrer à Londres, où ils bénéficieront d´un régime fiscal taillé sur mesure.

L´État français refuse au contraire d´abandonner son monopole. Seule la Française des jeux et le PMU ont droit de cité sur le net. Ce qui met Patrick Partouche, président du groupe du même nom dans une colère noire. Ce féru de nouvelles technologies, qui aurait souhaité se lancer dès 1997, se contente pour lors de louer son nom à un casino offshore basé à Bélize, en Amérique centrale, de peur de s´attirer les foudres du ministère de l´intérieur. « Mais j´en ai assez de réclamer tout simplement le droit de faire mon métier confie-t-il. Il est fort probable que, début 2006, je demande une licence de jeu à Gibraltar pour héberger mes activités liées aux nouvelles technologies. »
Le gouvernement va-t-il réagir ? « La France n´a jamais attaqué les casinos en ligne, de peur d´être condamné par la justice européenne », explique l´avocat spécialisé Thibault Verbiest. L´arrêt dit "Gambelli" a déjà autorisé un site Web à concurrencer le PMU italien. Le monopole de l´État sur les jeux en ligne semble donc plus précaire que jamais.

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